
Le Conservatoire botanique national de Franche-Comté (CBNFC) travaille chaque jour à l’acquisition d’une connaissance de notre flore permettant de mieux la préserver.
Au moment même où notre base de données atteint 500 000 données, notre travail se voit récompensé par la réapparition d’une espèce protégée au niveau national et qui n’avait pas été revue en Franche-Comté depuis 1995 : la Campanule cervicaire (
Campanula cervicaria L.).
Cette plante est une hémicryptophyte pouvant atteindre 1 mètre de haut. Elle possède de belles fleurs bleu-violet, en forme de clochettes et regroupées en glomérules disposés à l’aisselle des feuilles et en bout de tige.
Cette espèce affectionne les ourlets et coupes forestières thermophiles ; elle est de répartition médioeuropéenne (on la retrouve dans de nombreux pays d’Europe centrale et orientale).
La Cervicaire est considérée comme menacée dans 4 pays européens : la Lituanie, la République tchèque, la Finlande et la France, où elle est protégée au niveau national par l’arrêté ministériel du 20 janvier 1982, modifié par l’arrêté du 31 août 1995. En France, avant 1990, on la trouvait encore dans une vingtaine de départements d’un grand quart nord-est. Depuis, elle a disparu dans plus de la moitié de ces départements.
En Franche-Comté, du fait de sa grande rareté et des menaces qui pèsent sur elle, la Campanule cervicaire est considérée comme en danger critique d’extinction. Le Conservatoire a donc décidé d’engager rapidement des mesures de conservation. Il s’agissait au préalable de réaliser un bilan de la situation de cette espèce dans la région.
Historiquement, la plante a été mentionnée par BABEY (1845) dans deux massifs forestiers des environs de Salins-les-Bains (39), le Bois Bovard et le Bois de Chaudreux, où elle ne semble pas avoir été spécifiquement recherchée par la suite. Elle a été découverte dans sa localité de la Forêt des Moidons, par P. MILLET en 1974, une dizaine d’années après des travaux forestiers. L’espèce y a été observée régulièrement, jusqu’en 1995, date à partir de laquelle elle n’a plus été retrouvée.
Etant donnée la situation de la station de la Forêt des Moidons et la biologie de l’espèce, nous pouvions espérer la voir réapparaître à la suite de travaux d’aménagement.
En effet, cette espèce pionnière a tendance à disparaître lorsque le milieu se referme (lorsqu’un couvert arbustif et arborescent s’installe), mais elle peut réapparaître lorsque les conditions lui sont à nouveau favorables, comme c’est le cas à la suite d’un éclaircissement du couvert boisé.
Cette station se trouvant en forêt domaniale, il convenait donc de mettre en place avec l’accord de l’Office National des Forêts (gestionnaire du site), des mesures de restauration et de gestion adaptées.
Dans un premier temps, les travaux ont été effectués de façon expérimentale, afin de tester la banque de semences du sol. L'ONF a ainsi coupé les plus grands arbres, broyé les arbustes et les petits arbres, exporté une partie des produits de coupe et décapé superficiellement le sol. Ces travaux ont eu lieu en avril 2008.
Dès juin 2008, deux rosettes de Campanule ont été observées. La plante étant bisannuelle (plante réalisant son cycle biologique sur deux ans), il fallait attendre un an pour obtenir sa floraison et constater son retour effectif. Cette floraison a débuté fin juin 2009. Cette réussite de la phase expérimentale du plan de conservation a incité à la poursuite de l’entretien des secteurs rouverts, par broyage, au mois de septembre 2009.
Une convention est en cours de signature entre l’ONF et le CBNFC pour la préservation de cette localité. Sont envisagés dans cette convention un entretien annuel automnal des parties travaillées, un suivi de la population et une réouverture du milieu forestier à proximité du secteur où les pieds de Campanule ont réapparu.
À l’heure où l’érosion de la biodiversité est un enjeu majeur de nos sociétés, nous nous réjouissons que la première phase du plan de conservation ait permis, grâce à la collaboration entre le CBNFC et l’ONF, la réapparition de la Campanule cervicaire en Franche-Comté. Espérons que la poursuite de ce programme en assure la pérennité.